Document sans nom



INTERVIEW

INTERVIEW DE NICOLAS CHALVIN

Nicolas Chalvin n'est pas un inconnu chez Timpani. Hautbois solo de l'Orchestre Philharmonique du Luxembourg, on peut l'entendre — au cor anglais ! — dans le Concerto da camera d'Honegger. Devenu chef d'orchestre, il est à la tête de l'Orchestre de Bretagne (CD Saint-Saëns), de celui de Luxembourg (Sophie Arnould de Pierné). On l'entendra à la rentrée à celle de "son" orchestre, celui des Pays de Savoie.

1. Cher Nicolas Chalvin, une question qui vient à l'esprit brusquement : qu'est-ce qu'il vous a pris un beau jour de délaisser le hautbois où vous excelliez (premier soliste à Lyon, puis à Luxembourg) pour la baguette ?

J’ai toujours été passionné à la fois par la direction d’orchestre et le hautbois. J’affectionne cet instrument, surtout pour la couleur qu’il apporte à un orchestre jouant du Mozart, ou du Brahms, ou du Debussy. Par ailleurs j’ai toujours pensé que, si un jour je voulais être chef d’orchestre, il me fallait comprendre ce que c’était d’être à l’intérieur d’un orchestre, et donc d’être d’abord musicien. Et aussi, le répertoire hautbois soliste est assez restreint sur les périodes baroque, classique et moderne. Je l’ai délaissé petit à petit, et lorsque j’ai été l’assistant d’Amin Jordan, il m’a dit qu’il pensait que c’était pour moi le moment de passer à la direction d’orchestre, l’étape « maintenant ou jamais ». Franz Welser-Möst m’a dit en substance la même chose, je me suis donc appuyé sur la caution de ces deux grands maîtres pour prendre ma décision.

2. Vous avez fait votre apprentissage notamment avec Armin Jordan. La direction d'orchestre, cela s'apprend ?

C’est une question difficile. Je dirais que non, car hormis les rudiments cela ne s’enseigne pas, c’est un métier qui s’apprend sur toute une vie, sur l’expérience au contact des musiciens et des partitions. C’est un travail technique et musical, mais le rapport psychologique est fondamental, et pour celui-ci l’expérience ne se partage pas. On peut bien sûr aller voir les répétitions des autres chefs, mais en définitive, si ça ne marche pas on sait pourquoi, et si ça marche on ne sait pas précisément formuler pourquoi.

3. C'est votre deuxième saison avec l'Orchestre des Pays de Savoie. On parle peu de cet ensemble. Dites-nous en quelques mots.

C’est un orchestre de chambre qui a maintenant vingt-cinq ans. Il évolue continuellement, c’était tout d’abord un orchestre de cordes, puis les bois se sont ajoutés. Je dis toujours que c’est le plus petit des grands orchestres. Son esprit est totalement dédié au travail et à la musique, et il mériterait certainement davantage de notoriété, mais en tous cas il est toujours apprécié par les professionnels. À la différence de beaucoup d’orchestres composés d’intermittents du spectacle, lui répond pleinement à sa mission de service public.

4. S'agissant de n'importe quel orchestre, mais a fortiori d'un ensemble qui ne possède pas tous les pupitres d'un symphonique, comment peut-on bâtir un programme qui comble toutes les aspirations ?

Ses aspirations sont d’offrir la meilleure musique avec le répertoire le plus varié possible. Plus on a de musiciens, plus il est facile de jouer des œuvres connues, alors que le répertoire cordes seules est assez limité. Combler les aspirations d’un orchestre c’est donc composer entre la rigueur budgétaire et l’astuce de programmation pour en faire un orchestre de première classe. Il s’agit de conviction musicale. Il faut travailler des œuvres qui représentent chacune une étape dans les progrès et la reconnaissance de l’orchestre auprès du public, de façon qu’il devienne une référence.

5. Vous venez d'enregistrer pour Timpani l'oratorio de Paul Le Flem, «Aucassin et Nicolette», après avoir signé un disque Saint-Saëns et l'opéra de Pierné, « Sophie Arnould ». Pour un chef encore jeune, que représente le disque ?

L’enregistrement est en soi un moment de travail très particulier : il faut fouiller la qualité technique, réussir à fixer dans le temps un moment privilégié. À partir de là, l’enregistrement peut être un moyen à la fois de se faire connaître, et de faire connaître un répertoire et une qualité de collaboration. Il est important de choisir des œuvres qui soient un bon vecteur de valorisation. Pour cet orchestre et son effectif, enregistrer une symphonie de Beethoven par exemple serait un évènement peu marquant, par rapport à l’abondance des enregistrements proposés par des orchestres symphoniques. Enregistrer une œuvre rare incite à la curiosité et à la découverte, d’où l’intérêt certain de travailler avec un label comme Timpani, dont le répertoire spécifique correspond bien aux aspirations et aux possibilités de l’orchestre, et avec qui une relation de confiance s’est créée.

Propos recueillis par Stéphane Topakian © 2011 Timpani

Archives

• Interview de Nicolas Chalvin lire l'interview
• Interview de Jean-Yves Ossonce lire l'interview
• Interview de Laurent Wagschal lire l'interview
• Interview de Dominique Daigremont lire l'interview
• Interview d'Arturo Tamayo lire l'interview
• Interview Jean-François Antonioli lire l'interview
• Interview Emmanuel Chollet/Timpani lire l'interview
• Interview Stéphane Topakian/Timpani lire l'interview


© Copyright Timpani 2006