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INTERVIEW

Interview de Dominique Daigremont

Il est un personnage de l’ombre, pourtant présent sur chaque production phonographique, et essentiel à sa réussite : le directeur artistique. En cabine, auprès de l’ingénieur du son, penché sur la partition, il mène les séances avec l’objectif premier de tout avoir « en boîte » la session terminée.

1. Dominique Daigremont, vous êtes le directeur artistique sur nombre de disques Timpani. Pour résumer, quel est votre mission ?

Faire en sorte que le musicien aille le plus loin possible dans son projet. Mais en tenant compte des circonstances particulières de l’enregistrement, du temps imparti, d’une acoustique donnée, de l’instrument à sa disposition, de son degré de préparation, et des écueils de la partition, et c’est là où cela devient passionnant !

2. Au départ, vous avez une formation musicale complète, ainsi que de guitariste professionnel ; comment en êtes-vous venu à ce métier très  spécifique?

Pour dépanner ! Il y a toujours une part de hasard. Après dix années de concerts et de créations, l’occasion s’est présentée, tout d’abord de façon un peu informelle. Il m’est apparu assez vite que la direction artistique était un terrain extraordinaire de rencontres musicales et humaines et que je tenais à cela. Cela m’a permis d’abandonner la scène sans remord car c’est un métier formidable où l’on est face à des exigences à la fois musicales, psychologiques et techniques.

3. Un bon directeur artistique ne saurait suppléer l'artiste. En revanche un mauvais peut gâcher le résultat d'un enregistrement. Comment doit-il se positionner ?

Ce n’est pas un métier que l’on fait pour avoir son nom en grosses lettres. C’est avant tout un métier qui se nourrit de complicité. Le challenge, c’est de cerner avec justesse le projet musical du musicien et l’aider à être le plus convaincant possible. Il faut parfois agiter les idées, proposer, questionner mais donner confiance également. En résumé, tenter de comprendre où veut aller le musicien et l’aider à s’y rendre. Quand cela fonctionne bien c’est un plaisir formidable.

Pour ce qui est de gâcher un enregistrement, on n’arrête jamais d’apprendre tout ce qu’il ne faut pas faire: prendre la place du chef, vouloir apprendre aux musiciens à jouer de leur instrument, les faire recommencer vingt fois sans leur dire pourquoi, faire en sorte qu’ils ne reconnaissent pas leur instrument quand ils s’écoutent, épuiser les chanteurs, dépasser les horaires de service d’un symphonique, rajouter des journées d’enregistrement... le mieux étant tout de même d’oublier d’enregistrer un passage ...

4. Vous évoluez du baroque (avec Hervé Niquet par exemple) au  symphonique (d'Indy et Cras) en passant par la musique de chambre. Est-ce facile de se couler à chaque fois dans un moule différent ?

Je ne crois pas que les musiciens attendent qu’on leur donne des leçons stylistiques durant un enregistrement. Ils veulent être écoutés, appréciés et guidés durant ce moment particulier, dense et parfois tendu. Nous devons avoir une formation la plus complète possible mais à partir de là d’autres éléments sont aussi précieux que la connaissance parfaite d’un style comme avoir joué et enregistré soi-même, ou être véritablement sensible à ce qui est joué.

Après, sommes-nous compétents sur tous les répertoires ? Il faut sans doute avoir parfois l’honnêteté de refuser la direction artistique d’un projet qui vous ennuie.

5. Vous avez supervisé plus de deux cent cinquante enregistrements. Quels sont les artistes qui vous ont le plus impressionné ?

Il faudrait en citer beaucoup et ce serait injuste envers d’autres. Je pense tout de même pour ce qui est des artistes Timpani, à Lionel Bringuier, Brigitte Engerer, Christian Ivaldi et Jean-Claude Pennetier, au duo Yann Beuron-Billy Eidi, à Marie-Josèphe Jude ou aux solistes de la Philarmonie de Luxembourg qui sont tous des artistes formidables.

Mais j’ai souvent été impressionné aussi par des moments. Je repense à ce chef par exemple, après une très belle prise « globale » qui a doucement susurré après le dernier accord : « celle là c’était pour mon père ». Il était décédé la semaine précédente. Ce sont des moments forts. Il y en eu d’autres plus cocasses, comme lorsque nous sortions de notre église de Provence, avec l’ingénieur du son, pour arroser les cigales et pouvoir enregistrer dix minutes. Ou cette autre fois où nous avons fait semblant d’enregistrer durant deux jours avec solistes et orchestre alors que la décision avait été prise que le CD ne sortirait pas. Il y aurait de quoi remplir de grands cahiers…

Propos recueillis par Stéphane Topakian, © 2009 Timpani

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